Un peu d'histoire au sujet du théâtre parlé moderne en Thaïlande

Deuxième article du dossier : Le théâtre parlé contemporain de Bangkok, une pratique importée et balbutiante mais prometteuse

Bangkok, Novembre 2014

Extrait de The Cambridge Guide to Asian Theatre, par James R. Brandon, Martin Banham, 1997

 

Pour un certain nombre de raisons, le théâtre parlé moderne (lakon phut) reste une initiative singulièrement élististe en Thailande et doit encore développer une emprise plus que ténue sur l'imaginaire théâtral thaïlandais. Les premières pièces parlées furent représentées par et pour l'aristocratie éduquée à l'occidentale. Le Prince Vajiravudh (King Rama VI) produit la première pièce parlée en 1904 dans un théâtre de 100 places qu'il avait fait construire au retour de ses études en Europe. Au cours de son reigne, 1910-25, il écrivit plus de 100 pièces, des mélodrames romantiques et didactiques qui débordaient de fierté nationale et exortaient la loyauté envers la couronne, comme King Ruang (Phra Ruang, ?1914), ou des farces de type Victorien, des romances légères et des comédies jouées dans des salons privés.”

 

Le Roi Rama VI était surnommé The King of Drama. Il a par exemple réecri et transposé dans un contexte thaïlandais (lieux, personnages, contexte social etc...) la pièce L'École de la médisance (The School of Scandal), de Sheridan, qui devient alors Nin-Ta-Sa-Mo-Son. Il fit notamment de même avec Le Marchand de Venise et d'autres pièces de Shakespeare. Mais malgré ces transpositions, on jouait tout de même avec les manières européennes.

 

Les formes traditionnelles thaïlandaises ne sont pas des formes parlées. Le Khon par exemple, est une danse masquée reproduisant des scènes du Ramakian (issu du Ramayana indien). Le Likhe est un évenement regroupant danse, musique folklorique, comédie et mélodrame. Le Hun Lakon Lek est un théâtre de marionnettes et le Nang est un théâtre d'ombre.

Cours de danse traditionnelle à l'université Srinakharinwirot, en novembre 2014, à Bangkok

D'après Kao, professeur de scénographie à la Srinakharinwirot University de Bangkok, les jeunes élèves s'y intéressent de moins en moins. Ce qu'ils essayent de pratiquer aujourd'hui, c'est un théâtre “occidental”.

 

Il nous précise qu'il y a 10 ans, seulement quelques universités proposaient une section théâtre, alors qu'aujourd'hui, quasiment toutes en possèdent une.

 

Bonnie, expatriée à Bangkok depuis 25 ans et cottoyant le milieu du théâtre, du cinéma et de la télévison depuis son arrivée, nous explique qu'à cette époque “Les expats se regroupaient pour pratiquer des activités car il n'y avait rien d'occidental ici. Il n'y avait pas de théâtre, sauf celui qu'on le faisait entre nous”.

 

Bonnie fait en effet partie, quasiment depuis son arrivée, du BCT, le Bangkok Community Theatre, un groupe de théâtre amateur, qui a été formé en 1972 dans ce but là.

 

Les 10 premières année où j'étais là, il n'y avait pas de centre-commerciaux, pas de fast-food, pas de pizzas... les expats cherchaient des groupes pour pratiquer des activités occidentales. Même si tu veux t'intégrer dans la culture, par exemple j'ai mis mes enfants dans une école internationale avec des enfants de partout, pas une école avec uniquement des des profs et des élèves américains, même si tu veux faire ça, parfois on avait besoin de quelque-chose pour se sentir un peu plus à la maison. Du coup, à ce moment là, on pouvait vendre des billets tellement facilement!” (Bonnie, Bangkok Community Theatre)

 

Aujourd'hui, le BCT est constitué principalement d'expatriés et accueille également des thaïlandais, tous ayant envie de pratiquer le théâtre en anglais dans une ambiance décontractée. Mais le groupe est plus petit qu'avant, les salles sont difficiles à remplir, et il n'est pas facile de trouver des sponsors.

 

« Il y a moins d'expatriés maintenant, ou du moins on ne les voit plus autant, parce qu'ils n'ont plus besoin de ton groupe pour rencontrer d'autres expats, comme c'était le cas avant. Aujourd'hui beaucoup d'expats dans des « villages » (ndlr : sorte de lotissements géants assez riches situés en banlieue, encerclés de murs et dont l'entrée est constamment surveillée par plusieurs gardes pour des « raisons de sécurité ») avec piscine et gymnase à l'intérieur, donc ils peuvent avoir une vie sociale juste à côté de chez eux ; il n'ont pas besoin d'aller en ville. Et maintenant avec les réseaux sociaux il est plus facile de trouver des gens qui aimerait faire la même chose que toi (groupes de photographie, groupes de cyclisme, etc). Il y a 25 ans, le BCT (Bangkok Community Theatre) comptait beaucoup plus de membres, avec des gens ravis de s'investir autant pour se faire des amis que pour faire du théâtre. Maintenant, c'est beaucoup plus un groupe d'amateurs de théâtre. (Bonnie, Bangkok Community Theatre)

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© Juliette Wierzbicki