Anecdotes d'Inde

Du bidonville à l'immeuble : un changement pas si évident.

Septembre 2014

Nous sommes à Vashi, Navi-Mumbai, c'est-à-dire dans la banlieue Est de Bombay. Cet immeuble est celui où vit Abhishek, étudiant en sociologie et rédacteur en chef du journal fraîchement lancé : The Sabha, ainsi que son coloc Shailendra. Il nous accueille chez lui via le réseau Couch Surfing, et son appartement deviendra en quelques jours notre point de chute et unique lieu sûr.

 

Abhishek nous explique que dans les années 90, devant l'explosion de ce qu'on appelle « les bidonvilles », une institution gouvernementale, le CIDCO, décide d'en raser quelques uns pour les remplacer par de grands immeubles et, sur l'espace restant, gagné grâce à cette « verticalisation », de construire de belles villas.

Les grands immeubles sont construits en matériaux bon-marché qui résisteront mal à la chaleur et l'humidité extrêmes de Bombay. A l'intérieur, des appartements deux pièces, d'environ 35m2, avec coin cuisine et salle d'eau. Ces appartements sont alors donnés gratuitement aux personnes qui vivaient dans les bidonvilles. Les belles villas, quant à elles, sont vendues à des personnes plus riches. Le gouvernement gagne de l'argent grâce à la vente des villas et diminue le nombre de bidonvilles.

Et ce type d'immeuble n'est pas seulement construit à la place des bidonvilles du centre ville, on en trouve aussi en banlieue, et notamment à Navi-Mumbai pour désengorger Bombay qui croule sous les nouveaux arrivants des campagnes alentour. Dans les années 90, le CIDCO planifie l'extension de Bombay à Nouveau-Bombay, avec la construction de logements, d’hôpitaux et autres infrastructures.

 

Mourir dans les transports en commun

Octobre 2014

Le « local train » est le transport en commun le plus utilisé par les habitants de Bombay, il assure la moitié des transports journaliers de la ville. Autrement dit, 7,5 millions de passagers sont transportés tous les jours sur 6 lignes de train.

Dix accidents de voyageur : le trafic ne sera pas perturbé.

Octobre 2014

On est lundi, c'est notre troisième jour à Bombay, et on attend le local train à la station nommée Kurla, pour rentrer à Vashi. Kurla est un nom bien connu de tous les habitants de Bombay, et gravé dans la mémoire de tous ceux qui y sont passé... 

Mais faire vivre les gens dans des structures verticales plutôt qu'horizontales n'aura pas que des répercussions positives, du moins pas pour tout le monde, Abhishek note quelques désavantages pour les habitants. Par exemple les immeubles sont sans-ascenseur et il n'est pas impossible qu'une personne âgée ou malade se voit attribuée un appartement au dernier étage. Par ailleurs, de nombreuses personnes étaient habituées à élever des animaux devant des eux : des chèvres et des poules essentiellement. Cela devient plus difficile dans un couloir d'immeuble, mais pas impossible. Les habitants étaient aussi habitués à se donner du riz, du sucre, de l'argent pour l'école des enfants. En immeuble, on croise moins facilement ses voisins, ces échanges semblent donc moins facile. De la même manière, pour subvenir à leur propres besoins et à ceux de la communauté, les habitants possèdent souvent un étalage, une petite boutique devant chez eux, où on peut trouver des biens de première nécessité à l'unité : sachet de lessive pour un lavage, boissons, riz, biscuits. Mais pour fonctionner, il faut qu'il puisse y avoir du passage devant cet étalage, ce qui n'est pas évident en immeuble.

 

Ainsi, comme ce nouveau mode de vie vertical ne convient forcément pas aux personnes relogées, nombre d'entre elles vendent ou louent l'appartement qui leur a été attribué pour retourner vivre dans une structure plus horizontale et dans de meilleures conditions grâce au revenu que génère le loyer.

Shailou, qui nous apprend à cuisiner un "sweet dish".

L'appartement que loue Abhishek est un de ceux là et c'est là que nous vivons. Nos propriétaires vivaient, quelques années plus tôt, dans des abris de taule et de bâches près de CST Railway Station, une des deux gares principales de Bombay.

Aujourd'hui les plantes poussent entre les murs, l'eau s'infiltre, la peinture s'écaille, l'humidité ronge tout . Les murs gondolent et les façades noircissent. Il y a l'eau courante 2h par jour, entre 6h et 7h et entre 19h et 20h. En dehors de ces tranches horaires, ce sont de gros réservoirs communs situés sur le toit qui fournissent l'eau des réservoirs personnels de chaque appartement. Le réservoir de notre appartement est au plafond de la salle d'eau et dessert deux robinets dans cette même pièce. Il nous est arrivé de vider entièrement le réservoir pour une lessive, dans ce cas là, il reste en général des réserves d'eau bouillie qu'on garde en bouteille au cas où. Pour la même raison, nous faisions la vaisselle aux heures d'ouverture seulement. Dans cette salle d'eau, on trouve deux grands sceaux remplis d'eau dans lesquels sont placés deux plus petits sceaux avec bec verseur. L'un sert à se laver, l'autre à se nettoyer après être allé aux toilettes. Mais il faut noter que ces dispositifs ne sont pas une particularité de ces immeubles, ils sont courants dans presque tous les types de maison. Comme il est plutôt rare d'avoir l'eau courante toute la journée à Bombay, il est plutôt rare d'avoir une douche composée d'un robinet, d'un flexible et d'un pommeau.

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© Juliette Wierzbicki